L’art des lieux qui prennent soin

La cuisine, quand elle est juste, obéit à la même règle que le jardin : elle commence par le produit et la saison. Personne ne l’a dit plus fort qu’Alain Passard, qui a placé le légume au cœur de L’Arpège dès 2001 et cultive ses propres potagers en traction animale, dans la Sarthe, l’Eure et la Manche. À Menton, Mauro Colagreco a hissé le Mirazur au sommet du classement mondial en 2019 en composant ses menus au rythme de ses jardins et du calendrier lunaire.

Et l’on n’oublie pas le gargouillou de jeunes légumes de Michel Bras, né en 1980 à Laguiole, une cueillette différente chaque jour, devenue un manifeste avant l’heure.

Le monde du guide l’a reconnu, à sa manière. Le Michelin avait créé en 2020 son Étoile verte pour distinguer la gastronomie durable ; signe des temps, il l’a fait évoluer en 2026 vers un programme éditorial plus exigeant, preuve que la durabilité ne se décrète pas, elle se vérifie. L’hôtellerie suit le mouvement : Le Bristol Paris entretient six ruches sur ses toits et un jardin intérieur de quelque 1 200 mètres carrés ; La Réserve, la collection de Michel Reybier, à Genève comme à Paris, a bâti son luxe sur le bien-être et la longévité, autour de son spa Nescens.

Le soin d’un lieu tient aussi à sa mémoire. À Abidjan, le mythique Hôtel Ivoire, né en 1963 sous Félix Houphouët-Boigny et aujourd’hui porté par Sofitel, rappelle qu’une adresse peut être un morceau d’histoire autant qu’un séjour.

Car ce que l’on rapporte d’un voyage, au fond, ce ne sont pas des photos. Ce sont des sensations : avoir mieux dormi, mangé plus vrai, respiré autrement. Les maisons qui offrent cela ne vendent pas des nuits. Elles offrent un peu de réparation, et c’est le souvenir qui dure le plus longtemps.

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Un parfum est une mémoire de jardin