Un parfum est une mémoire de jardin

Avant d'être un flacon, un parfum est un champ, une récolte, une patience. Et derrière chaque sillage, il y a une plante, un lieu, un nom.

En 2018, l'UNESCO a inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'humanité les savoir-faire liés au parfum en Pays de Grasse : la culture de la plante, la connaissance des matières, l'art de composer. Trois gestes, une même leçon. Un parfum est une branche de la botanique, la plus sensuelle qui soit.

Les maisons le savent, qui reviennent à la terre. Chanel, dont le N° 5 fut composé par Ernest Beaux en 1921, cultive depuis 1987 ses fleurs avec la famille Mul, à Pégomas, sur une trentaine d'hectares réservés à ses parfums : rose de mai, jasmin, tubéreuse, iris. Dior a réinstallé sa création à Grasse aux Fontaines Parfumées en 2016, et confié son sillage à Francis Kurkdjian depuis 2021, après les années François Demachy. Hermès a écrit sa célèbre collection « Un Jardin » sous la plume de Jean-Claude Ellena, parfumeur maison de 2004 à 2016, avant Christine Nagel. Guerlain, née en 1828, cultive depuis Shalimar et Mitsouko cet accord-signature que l'on nomme la guerlinade.

Et la matière, elle, se paie en patience. L'iris, l'un des ingrédients les plus coûteux de la parfumerie, exige que ses rhizomes sèchent environ trois ans avant de livrer leur beurre poudré. Le vétiver, dont Haïti est le premier producteur mondial, demande de déterrer des racines profondes. La rose de mai et le jasmin de Grasse se comptent en centaines de kilos de fleurs pour un seul kilo d'absolue. Le luxe, encore, n'est pas dans l'abondance. Il est dans l'essence.

Porter un parfum, c'est porter un morceau de nature apprivoisée, un printemps fixé dans le verre. À l'heure des lancements pressés, nous croyons aux parfums qui ont une origine et une âme. Ceux que l'on ne consomme pas, mais que l'on habite. Comme un jardin que l'on porterait sur soi.

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