Le baobab, arbre-monde du Sahel
Dans la savane, il y a un arbre qu’on ne confond avec aucun autre. Tronc énorme, branches courtes et nues qui semblent des racines levées vers le ciel : le baobab a l’air d’avoir été planté à l’envers. Les légendes le disent, la science le confirme à sa manière, cet arbre n’est pas comme les autres.
Le baobab d’Afrique, Adansonia digitata, est un monument vivant. Certains vivent des siècles, parfois plus de mille ans, et deviennent avec le temps de véritables géographies : un tronc si large qu’on s’y abrite, si creux parfois qu’on y garde l’eau, qu’on y tient réunion, qu’on y enterre les anciens. Autour de lui s’organise la vie du village.
L’arbre nourricier
Tout, dans le baobab, se donne. Ses feuilles se mangent, en sauce, en légume. Son fruit, le « pain de singe », cache une pulpe blanche extraordinairement riche en vitamine C, dont on fait des boissons, des poudres, des remèdes. Son écorce sert de corde et de toit. Dans les terres sèches du Sahel, où peu de choses poussent, le baobab est une réserve, une pharmacie, un grenier. On ne l’abat pas, on le respecte.
C’est aussi un arbre de mémoire. On se retrouve sous le baobab pour parler, juger, raconter. Il a vu passer les générations, et sa longévité même en fait un témoin, presque un ancêtre. Le couper serait couper un fil du temps.
Un géant qu’il faut protéger
Ces dernières années, on a vu mourir certains des plus vieux baobabs du continent, et le climat n’y est pas étranger. Perdre un baobab millénaire, ce n’est pas perdre un arbre, c’est perdre une bibliothèque vivante. Les protéger, c’est protéger une part de la mémoire africaine.
Arbre à l’envers, arbre-monde, arbre-ancêtre : le baobab tient debout au milieu du sec comme une preuve de patience et de générosité. Sous ses branches, l’Afrique se raconte depuis toujours.