La cola, graine de l’hospitalité

Dans une grande partie de l’Afrique de l’Ouest, on n’accueille pas vraiment quelqu’un sans lui offrir une graine. Amère, stimulante, presque sacrée, la noix de cola se partage à l’arrivée d’un hôte, à la conclusion d’un accord, à la célébration d’un mariage. Offrir la cola, c’est dire : tu es le bienvenu.

La cola vient d’un arbre des forêts d’Afrique de l’Ouest, le colatier. Sa graine, riche en caféine, soutient l’effort, trompe la faim, tient éveillé. Mais son vrai pouvoir est social. Depuis des siècles, elle circule de main en main comme un langage : chez les Igbo, la présentation de la noix de cola, le iwa oji, ouvre les rencontres importantes ; ailleurs, on l’offre aux anciens, aux beaux-parents, aux invités de marque.

Une graine qui a voyagé

La cola fut longtemps une monnaie et un trésor. Portée à dos de chameau à travers le Sahara, elle reliait les forêts du Sud aux villes du Nord bien avant les routes modernes. Puis elle traversa l’océan : à la fin du XIXe siècle, c’est son extrait, mêlé à d’autres, qui donna son nom et son goût aux premiers sodas « cola ». Le monde entier boit aujourd’hui le lointain souvenir d’une graine africaine.

Peu de plantes disent aussi bien le lien entre le local et le monde. Sacrée au village, mondialisée au comptoir, la cola porte en elle toute une histoire d’échanges.

Le geste plus que la graine

Ce qui compte, au fond, n’est pas la noix, c’est le geste. Tendre la cola, la rompre, la partager, c’est reconnaître l’autre, l’honorer, sceller quelque chose. Dans un monde pressé, cette lenteur du rituel, ce temps que l’on prend pour accueillir, garde une élégance rare.

Amère en bouche, douce au cœur : la cola rappelle qu’un peu de patience et de partage suffit à faire d’une arrivée une fête. Une graine pour dire, comme le fait ce Jardin, que l’hospitalité est une forme de beauté.

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