L’hibiscus, le rouge qui prend soin

Du bissap d'Afrique de l'Ouest aux rituels capillaires de l'Inde, la fleur rouge n'est pas qu'une boisson. Elle est un geste de beauté, à condition de savoir ce que l'on en attend.

Il faut d'abord lever une confusion, car deux plantes se cachent derrière un même nom. Il y a l'Hibiscus sabdariffa, l'oseille de Guinée, dont on fait sécher les calices charnus pour préparer le bissap, cette boisson rouge et acidulée qui, du Sénégal au nord de la Côte d'Ivoire, accompagne les fêtes et les retrouvailles. Et il y a l'Hibiscus rosa-sinensis, la rose de Chine, fleur ornementale que l'Inde utilise depuis longtemps pour les cheveux. Deux sœurs, deux usages.

Le calice du bissap est riche en anthocyanes, ces pigments qui lui donnent son rouge profond, et en acides de fruits, l'acide citrique, l'acide malique, cousins de ces acides doux dont la cosmétique aime la caresse exfoliante. Au passage, corrigeons une idée reçue : contrairement à ce qu'on lit souvent, le calice séché contient très peu de vitamine C. Sa force est ailleurs, dans ses pigments et ses polyphénols.

Ce que la fleur peut, et ce qu'on lui prête

On voit fleurir l'expression de « botox végétal ». Elle est séduisante et trompeuse. Elle vient d'avis de dermatologues, pas d'essais cliniques, et n'a évidemment rien à voir avec une injection. Ce que l'on sait est plus modeste : en laboratoire, les extraits d'hibiscus montrent des propriétés antioxydantes et une action sur les enzymes du vieillissement cutané, mais surtout à l'échelle de molécules isolées, et jamais encore de façon spectaculaire pour la peau vivante. Pour les cheveux, la tradition indienne vante l'hibiscus pour la pousse et la brillance ; les seules études sérieuses portent sur des animaux. Autant le dire clairement, plutôt que de promettre.

Un rouge de mémoire

Alors pourquoi l'aimer ? Parce que la beauté n'est pas seulement une affaire de preuves. L'hibiscus est un geste, une culture, une couleur. Une infusion tiède de bissap dont on rince ses cheveux, un masque teinté de rouge, une eau florale sur la peau : ce sont des rituels de transmission autant que de soin, hérités des mères et des grands-mères, de Dakar à Abidjan, de Chennai à Bamako.

Au Jardin Intérieur, nous croyons à cette beauté-là. Celle qui relie un continent à une peau, une plante à une histoire. L'hibiscus ne fera pas de miracle, et il n'en a pas besoin. Il fait mieux : il fait mémoire. Et prendre soin de soi avec ce qui pousse chez soi, c'est déjà une forme de fierté.

Carnet du Jardin Intérieur. Les bienfaits beauté de l'hibiscus relèvent surtout de l'usage traditionnel ; cet article n'est pas un avis médical ni dermatologique.

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