Le néroli, l’âme blanche du bigaradier

De la fleur de l'oranger amer naît l'un des parfums les plus lumineux qui soient. Une goutte d'or arrachée à des tonnes de pétales.

Il y a des arbres qui donnent des fruits, et d'autres qui donnent des fleurs si précieuses qu'on oublie presque leurs fruits. Le bigaradier, l'oranger amer, est de ceux-là. Son fruit est trop âpre pour la table. Mais sa fleur, petite étoile blanche et cireuse, offre selon la façon dont on la recueille plusieurs merveilles différentes.

Distillée à la vapeur, elle donne le néroli, huile essentielle fraîche, verte, presque hespéridée. Extraite au solvant, elle devient l'absolue de fleur d'oranger, plus ronde, plus sucrée, plus charnelle. Et l'eau qui reste au fond de l'alambic, l'hydrolat, c'est l'eau de fleur d'oranger, celle de nos enfances pâtissières. Une seule fleur, trois visages.

Une goutte pour une tonne de fleurs

Le luxe du néroli n'est pas une invention marketing, c'est une affaire d'arithmétique. Il faut environ une tonne de fleurs cueillies à la main, à la fin du printemps, pour obtenir un peu plus d'un kilo d'essence. Voilà pourquoi le kilo de fleurs se compte en euros, et le kilo de néroli en milliers. On le récolte surtout en Tunisie, souvent citée comme premier pays producteur, au Maroc, en Égypte, et jadis en Provence, dont les vergers ont décliné après les grands gels de 1956.

Son nom, lui, vient d'une légende de parfum. On raconte qu'à la fin du XVIIe siècle, une princesse italienne de Nerola en aurait parfumé ses gants et ses bains, lançant la mode. L'histoire est jolie, difficile à prouver, et c'est très bien ainsi. Les beaux parfums méritent de belles origines.

La fleur qui apaise

En parfumerie, le néroli est un pilier, l'âme de toutes les eaux de Cologne, le trait clair qui illumine un accord. Sur la peau, on lui prête depuis toujours des vertus apaisantes, une douceur qui détend. Prêtons-les-lui avec mesure : ce sont des usages traditionnels, une sensation, plus qu'une promesse démontrée.

Et puis il y a l'eau de fleur d'oranger, la plus modeste et la plus familière, celle qui parfume les brioches, les crêpes, les gâteaux du dimanche, du sud de la France jusqu'au Maghreb et au Levant. Quelques gouttes suffisent, et toute une cuisine sent l'enfance et le soleil.

Au Jardin Intérieur, nous aimons cette fleur pour ce qu'elle enseigne : que la beauté rare naît souvent de la patience et du dépouillement. Une tonne de pétales pour un souffle de parfum. C'est cela, le vrai luxe. Pas l'abondance, mais l'essence.

Carnet du Jardin Intérieur.

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