Anna Atkins et le bleu des algues

En 1843, une femme anglaise publia un livre entièrement bleu. Pas d’encre, pas de dessin : des plantes posées à même le papier, dont la lumière avait gardé l’empreinte. Ce livre, Photographs of British Algae, est aujourd’hui considéré comme le premier ouvrage de l’histoire illustré par la photographie. Son autrice s’appelait Anna Atkins.

Botaniste passionnée d’algues, Atkins cherchait un moyen de représenter ses spécimens avec exactitude. Elle emprunta un procédé tout neuf, le cyanotype, inventé par l’astronome John Herschel : un papier enduit de sels de fer, une plante posée dessus, quelques minutes de soleil, et l’image apparaît en négatif, blanche sur un fond d’un bleu profond. La plante ne représentait plus rien, elle s’imprimait elle-même.

Quand la science devient beauté

Ce qui devait être un outil scientifique est devenu une œuvre. Les algues d’Atkins, filaments, dentelles, chevelures, flottent sur leur fond bleu comme suspendues dans l’eau. La rigueur de la classification et la poésie de l’image s’y confondent. On regarde une planche de botanique, et l’on reçoit une émotion.

Il faut mesurer l’audace. Une femme, au milieu du XIXe siècle, s’empare d’une technique naissante et en fait, avant presque tout le monde, un langage. Longtemps oubliée, Anna Atkins est aujourd’hui reconnue comme l’une des toutes premières photographes, et sans doute la première à avoir fait d’un livre de plantes un livre d’art.

L’empreinte plutôt que la copie

Le cyanotype ne copie pas la plante, il en garde la trace. C’est une autre façon de regarder le vivant, non pas le décrire de l’extérieur, mais laisser sa présence se déposer. Cette idée, poser plutôt que représenter, traverse encore l’art contemporain, et beaucoup d’artistes reviennent aujourd’hui à ce bleu ancien.

Regarder une algue d’Anna Atkins, c’est voir la rencontre de trois choses : une plante, une lumière, une femme obstinée. Et comprendre que la plus juste des images est parfois celle que le vivant fait de lui-même.

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