Il y a un palmier que vous avez déjà vu cent fois sans le nommer. Dans les halls d’hôtels, les vérandas d’autrefois, les salons cossus, ses palmes fines et arquées montent la garde depuis plus d’un siècle. C’est le kentia, l’aristocrate discret des plantes d’intérieur.
Il vient d’une seule île au monde, Lord Howe, un confetti de terre perdu dans le Pacifique, au large de l’Australie. De là, au XIXe siècle, on exporta ses graines vers l’Europe, où il fit fureur. L’époque victorienne en raffola : le kentia devint le parlour palm, le palmier de salon, symbole de bonne société.
L’élégance qui supporte l’ombre
Son secret tient à une qualité rare : il supporte le peu de lumière. Là où d’autres palmiers dépérissent loin du soleil, le kentia tient, patient, dans la pénombre des intérieurs. C’est ce qui fit sa fortune dans les grands hôtels, les théâtres, les paquebots de luxe, tous ces lieux clos où l’on voulait de la verdure sans avoir de jardin. Il apportait la nature là où elle n’aurait pas dû vivre.
Il est aussi d’une élégance sans effort. Ses palmes s’arquent doucement, sans raideur, avec cette grâce un peu lasse qui va bien aux beaux lieux. Il ne cherche pas l’attention, il tient son rang.
Un palmier pour la durée
Le kentia est lent, et c’est une vertu. Il grandit sans se presser, vit très longtemps, traverse les décennies. On ne l’achète pas pour l’instant, on l’adopte pour la durée. Bien traité, à l’abri du soleil direct et des excès d’eau, il devient le compagnon d’une vie, presque un meuble vivant.
Héritier des palm courts et des vérandas Belle Époque, le kentia rappelle une époque où l’on savait faire entrer le lointain chez soi. Un palmier d’île déserte devenu, à force d’élégance, le plus hôtelier des végétaux.