Le silence, ce soin que nous n’osons plus nous offrir

Nous vivons dans un monde qui ne se tait jamais. Et si le premier des soins n'était pas un geste de plus, mais un bruit en moins ?

On croit que le repos commence quand on s'allonge. Il commence quand le bruit s'arrête. Or il ne s'arrête presque jamais. La ville, les moteurs, les notifications, les voix, les écrans : nos journées sont un fond sonore continu que nous avons cessé de remarquer, à force de vivre dedans.

Ce vacarme n'est pas qu'une gêne. C'est un enjeu de santé. En Europe, l'Agence européenne pour l'environnement estime que le bruit du trafic fait perdre chaque année autour d'un million d'années de vie en bonne santé, entre troubles du sommeil, gêne chronique et effets cardiovasculaires. Le corps, lui, entend tout. Même endormi, il réagit au bruit comme à une menace, et libère ses hormones de stress. Le silence, à l'inverse, le laisse enfin desserrer sa garde.

Ce que le silence répare

La science commence à le mesurer. Dans une étude publiée dans la revue Heart, ce ne sont pas les plus belles musiques qui apaisaient le plus les participants, mais les pauses silencieuses glissées entre elles. Le cœur ralentissait, la tension baissait, en dessous même du niveau de repos. Comme si le calme, après le son, était plus reposant que le son lui-même.

Une autre recherche, menée chez la souris, a montré que deux heures de silence par jour stimulaient l'apparition de nouveaux neurones dans l'hippocampe, la région de la mémoire. On se gardera d'en conclure trop vite quoi que ce soit pour l'humain. Mais l'image est belle, et elle dit quelque chose de juste : le vide n'est pas rien. Il travaille.

Un luxe devenu rare

Au Jardin Intérieur, nous croyons que les choses vraiment précieuses sont souvent les plus dépouillées. Le silence en fait partie. Il ne s'achète pas, il se protège. Une pièce sans musique de fond, une marche sans écouteurs, un repas sans écran, un matin où l'on n'allume rien : ce sont de petites clairières que l'on ménage dans le bruit.

Pour celles et ceux dont les oreilles souffrent, dont chaque son trop vif fait mal, le silence n'est pas un confort. C'est une nécessité. Et il rappelle à tous les autres une évidence oubliée : nous ne sommes pas faits pour vivre en permanence assaillis.

Alors offrons-nous, de temps en temps, ce soin qui ne coûte rien et qui répare beaucoup. Éteindre. Se taire. Écouter, enfin, ce qui reste quand tout le reste s'arrête.

Carnet du Jardin Intérieur. Le bruit est un déterminant de santé reconnu par l'OMS ; cet article n'est pas un avis médical.

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